Le cas monopoly

L’avis de l’amateur de jeux

– “Monopoly c’est pourri ! C’est que de la chance et même le jeu de l’Oie c’est mieux foutu ! Fait plutôt comme moi et paie toi un Eurogame! Ça rend super intelligent ! 80% des jeunes qui jouent à Catane finissent major de promotion alors que 80% des jeunes qui jouent au Monopoly finissent serveur chez McDo ! C’est prouvé !”
– “Ah ok ! Mais pourtant y’a des dés à Catane aussi, c’est pas de la chance ça ?”
– “Ouais mais tu comprends, Catane c’est Allemand et pas Américain…”
Les jeux dont le résultat final n’est influencé et décidé que par les joueurs sont plutôt rare en particulier quand on sort de la catégorie jeux abstraits et classiques. La plupart introduisent un facteur chance plus ou moins maîtrisable et important, généralement à l’aide de dés, de cartes, de tuiles ou de jetons choisit aléatoirement. Mais il ne faut pas trop abuser, les aficionados de jeux de société veulent gagner grâce à leur stratégie et non pas grâce à la chance ! Et ce, même si les deux concepts ne sont pourtant pas incompatibles.

Utilisation de la chance
Donc la stratégie avant tout, mais on remarquera que, souvent, les jeux dénués de chance peinent à nous immerger dans une thématique donnée et souffre à remplacer des principes mathématiques et logiques par des sensations ludiques. Dans ce contexte, la chance rajoute alors de la légèreté et du flou pour gagner en immersion et en expérience ludique.
Plus généralement, un mécanisme basé sur la chance peut être utilisé pour atteindre trois objectifs différents :

1 – Argumenter la variabilité et la ré-jouabilité : En fournissant des plateaux modulaires, des tirages d’événements dans un ordre aléatoire et divers autres mécanismes simples qui influent sur le choix de la meilleure stratégie et invite les joueurs à faire des pronostics sur l’avenir de la partie. Ce genre de chance peut être perçu comme un joueur fantôme qui prend des décisions aléatoires entre ou pendant les tours des “vrais” joueurs.

2 – Simuler une réalité, un monde ou les choses ne sont pas forcément binaire : C’est systématique, par exemple, dans les jeux de rôle (la chance étant cependant mitigée par les décisions d’un maître du jeu) et les jeux de guerres où l’issue des combats est modélisée à l’aide de dés, quelquefois de cartes (la chance étant maîtrisable par des équilibrages en termes de rapport de force et de facteurs logistiques ou technologiques).

3 – Tout simplement pour rendre le jeu aléatoire : Soit pour assumer un coté amusant, qui gagne ou perd n’a pas vraiment d’importance du moment qu’on s’éclate (Munchkin, Zombie Dice…). Soit pour conserver un jeu simple et de faible complexité pour se focaliser sur un thème très fort stimulateur d’imagination (Talisman, Les contes des 1001 nuits…). Contrairement à d’autres types de jeux, ici c’est l’action principale du joueur qui est basée sur la chance, ce n’est plus simplement un effet indirect ou une conséquence mais l’action aléatoire du joueur lui-même qui force son comportement.

Les limitations liées à l’utilisation de la chance
La chance a souvent une connotation d’amateurisme qui se retrouve alors opposée à la tactique ou à la stratégie. La présence de la chance dans les jeux est donc souvent critiquée, notamment s’il y a des dés ! De tous les mécanismes utilisés pour introduire la chance dans les jeux, pour beaucoup les dés en sont l’incarnation la plus concrète. Piocher une carte où on a une chance sur six de récupérer ce qu’on a besoin, cela peut encore s’appeler de la stratégie, alors que lancer un dé à six faces pour faire un six c’est considéré comme de la pure chance, car il est plus facile de constater ses chances de succès avec des dés qu’avec des cartes. Il faut donc faire attention au support et à la manière dont on introduit la chance dans un jeu.

La chance est aussi certainement un des facteurs majeurs incriminé pour justifier la défaite. A décharge, il faut noter le cerveau humain a une sacrée tendance à minimiser les impacts positifs au profit des effets négatifs : Par exemple, dans un jeu où il faut faire des 6 et jamais de 1, vous entendrez souvent des phrases du type :
“Oh non ! J’ai ENCORE fait 1!” ou “Ouah! Pour UNE FOIS que je fais six!” en parlant de soi-même et inversement en parlant de son adversaire. Pourtant, au final, les joueurs ont probablement tous fait des jets dans la moyenne et même si on est quelquefois très malchanceux on est aussi quelquefois outrageusement chanceux et nous sommes donc tous égaux face au hasard sur le long terme. Mais, pourtant pour certains il reste difficile de se convaincre de cela et préfère continuer à dire : “Non, les jeux de chances ce n’est pas pour moi, je suis maudit !” et certains autres, beaucoup plus rare, pense à l’inverse être béni par les dieux. Seul la rigueur scientifique pourrait éventuellement les sauver : Notez systématiquement tous ses jets de dés et faire une moyenne de temps en temps devrait confirmer que les statistiques disent vrai et que l’on n’est pas un être exceptionnel capable de briser les lois de l’univers. Quoiqu’il en soit, au final on retiendra que la chance est capable d’introduire de sérieux biais psychologiques quelquefois difficile à surmonter et que c’est donc un facteur à gérer avec précaution.

Quid du Monopoly ?
Monopoly à plutôt une mécanique basée sur la catégorie 3 définie précédemment, à savoir que l’action principale du joueur (le mouvement) est aléatoire, elle n’est pas influençable et en plus elle force certaines décisions du joueur pour le reste du tour. Le jeu est donc plutôt simpliste, ce qui n’est pas forcément une mauvaise chose notamment s’il est aidé par un facteur amusement important ou porté par une thématique forte :
– Coté amusement, ça dépend des goûts et des couleurs de chacun, mais pour faire simple et rapide on dira que pour la plupart des joueurs qui ont accès à un large éventail de jeux différents, il est facile de trouver des jeux plus amusant que Monopoly.
– Côté thématique, Monopoly est non seulement pauvre et abstrait mais en plus il est incohérent : Pour une simulation économique il est difficile de comprendre pourquoi on doit payer des loyers différents tous les tours, pourquoi voudrait-on habiter dans un quartier de luxe alors qu’on n’a pas un sou ou encore pourquoi voudrait-on habiter ailleurs que chez soi vu qu’on est déjà propriétaire…

Et si on compare à Catane par exemple :
– Le niveau d’amusement est similaire, Catane est cependant plus court et ménage plus de suspens qu’a Monopoly où le gagnant est souvent connu avant la fin du jeu.
– Catane a une thématique mieux contrôlée. Malgré un coté abstrait (on a du mal à s’imaginer en train de coloniser un île), Catane est cohérent et robuste dans sa gestion, les actions ont du sens par rapport à son contexte.

Mais la principale différence avec Monopoly, c’est que Catane ne rentre pas dans la catégorie 3 des mécanismes de la chance mais plutôt dans la 1: Tout comme à Monopoly, lancez 2 dés est la première chose à faire au début de son tour mais la comparaison s’arrête là. Ce n’est pas l’action principale de votre tour, cela détermine simplement la production de ressources du tour, un facteur global du jeu qui a une influence certaine sur la stratégie de tous mais laisse libre de ses décisions qui suivent (échanges, constructions et expansions). De plus, ces décisions, prises librement, ont la possibilité d’influer sur cette chance en sa faveur lors des tours suivants. Au final la sensation de jouer à un jeu de stratégie est bien plus forte et compense largement les lacunes thématiques.

En conclusion, d’après cet article, Monopoly est un mauvais jeu car il abuse de la chance sans en tirer un quelconque avantage, il est donc fatalement voué à l’échec et à l’oubli. Cependant, le moins qu’on puisse dire, c’est que ce n’est pas exactement le phénomène constaté dans la réalité de ces 80 dernières années.
On peut donc finalement en tirer la vraie conclusion : C’est bel et bien cet article qui est mauvais et non pas le jeu Monopoly. Désolé donc pour tous ceux qui ont lu tout ça et heureusement qu’il y aura une suite pour essayer de rattraper cette catastrophe et restaurer ma santé mentale.

Le Hamster (Membre anonyme de Trolls de Jeux)